03.10.2007
Quelle gauche et quel socialisme voulons-nous ? Diagnostic pour construire.
La question du socialisme et de la gauche en général se pose avec beaucoup d’insistance après la chute du mur de Berlin, mais aussi bien avant. Le positionnement de ce courant idéologique à ramification diverses par rapport à la société contemporaine est une nécessité.
Au Maroc, et après les dernières élections, il est tout à fait légitime de poser la question existentielle du positionnement de la gauche et du socialisme voire même la définition.
Dans une société traditionnelle et conservatrice telle que la notre, le discours socialiste a séduit beaucoup d’intellectuels, comme ailleurs, à telle point que la majorité des artistes, des penseurs, des journalistes, des écrivains, … se trouvaient à gauche de l’échiquier. Le socialisme a aussi séduit la majorité de la classe moyenne en émergence dans le pays et qui défendait les mêmes valeurs : le travail, l’équité sociale, la méritocratie, … Les classes populaires du prolétariat n’étaient qu’un corollaire dans cette théorie de base.
La donne a changé, le discours et la circonstance ont évolué, la posture et l’exercice se sont métamorphosé, … Le Maroc en 2007 est naturellement différent de celui des années 70. Pour moi et pour nombreux de ma génération, nous avons une envie de découvrir ce qu’est le socialisme aujourd’hui.
Pour répondre à ce questionnement naïf, je vais essayer d’abord de lister les constantes de la gauche. La gauche est par construction un courant de pensée qui vise à :
- Instaurer une équité entre les différentes couches de la société.
- Promouvoir toute une pensée et une pratique de : liberté, solidarité, modernisme, respect et droits humains.
- Promouvoir l’initiative, la pensée libre, la démocratie, l’art.
- Instaurer la méritocratie.
- Défendre les couches sociales les plus démunies.
- Défendre la primauté de la loi.
Durant 10 ans d’exercice du pouvoir par la gauche ( enfin une grande partie ) marocaine, elle a certainement brillé lors des dernières élections par sa balkanisation, son piètre score et son incapacité à mobiliser les masses.
D’une manière générale, je pense que les principales raisons de la perte de l’éclat du blason de la gauche marocaine se résument ainsi :
- La participation à un gouvernement de « salut » nationale sans préparation : L’erreur a été commise en cherchant l’exercice du pouvoir et la chance historique de la réconciliation nationale via une alternance consensuelle sans passer par la préparation des forces vives qui soutenaient cette gauche. En effet, aucun diagnostic scientifique de la situation n’a été réalisé dans la circonstance pour éclairer la population ni aucun débat de grande envergure n’a été initié pour expliquer les bases du choix de la participation au jeu de pouvoir exécutif et le prix de la non participation. Ce schéma aurait mis les masses devant la responsabilité du choix et d’assumer les conséquences et aussi de capitaliser sur les réalisations.
- La conduite de projets à forte connotation apparente de droite : privatisation, valorisation de l’investissement et son encouragement excessif … . Ces choix politiques devraient en principe s’accompagner d’un réel débat au sein de la gauche et de la population marocaine en général qui aurait conduit à une mobilisation ou à un abandon des politiques impopulaires.
- Le manque de communication : Ceci est un des facteurs majeurs du déclin de l’USFP en particulier. A aucun moment, il n’a été question de relayer les masses populaires par le biais des instances de la gauche pour expliquer le cheminement politique. Les choix de la gauche durant 10ans d’exercice gouvernemental a été de préparer un terrain solide par le biais des réformes. C’est un travail dont les fruits ne se cultivent que dans le moyen, voire long, terme, alors que les marocains attendaient de la gauche la baguette magique capable de transformer le Maroc en 10 jours ( pour reprendre le slogan d’un parti dit libéral ).
- L’incapacité de renouvellement des élites : Le citoyen Lambda ne s’identifie plus dans cette élite de gauche aux rênes des partis. Les ténors, avec mes respects pour long et pénible militantisme, ont du préparé une relève, qui est existante paradoxalement, en s’ouvrant plus aux jeunes et aux femmes et surtout au débat d’opinion et au droit à la différence.
- La balkanisation de la gauche : USFP, PPS, PSU, CNI, PT, PADS, PS, Annahj, et autres associations politiques, associatives et syndicales se définissant à gauche n’est qu’un symptôme de la maladie de la gauche. Se référant aux dernières législatives, la gauche marocaine a obtenu que 78 sièges, soit 24% des sièges. Cela aurait été pesé lourd si la gauche était une seule gauche plurielle et aurait même obtenu un meilleur score. La différence d’opinion et la course aux chaises ne justifie à aucun moment que les perdants d’une manche ouvrent une boutique politique dont le fond de commerce est la gauche. Cela me rappelle l’histoire d’un notable vendeur de kefta X à Sidi Kacem, après sa mort, au moins quatre ou cinq restaurants ont ouvert sous le ême nom, avec sur leur bannière publicitaire « ici, vous êtes chez X l’authentique » !
- L’absence d’opposition crédible : Ceci n’est pas complètement imputable à la gauche. Dans ses glorieuses années, l’ennemi était : le pouvoir, la dilapidation des deniers publics, l’injustice sociale, … aujourd’hui, au pouvoir, la gauche ne peut jouer les rôles de la majorité et de l’opposition en même temps. Son principal rival est l’islamisme. Mais on a mal jugé son ennemi. Si les islamistes du PJD n’ont pas réalisé le raz-de-marrée, ils ont au moins servi à désespérer la population quant à une alternative valable.
Loin de me mettre dans une posture de donneur de leçon, je m’adresse à cette gauche en qui je m’identifie pour qu’elle réalise sa mue. Etre socialiste aujourd’hui, c’est d’abord de trouver des emplois aux jeunes, c’est de savoir à qui on s’adresse. Les jeunes de 2007 sont différents, diamétralement, des jeunes des époques révolues. Etre de gauche aujourd’hui, c’est aussi savoir parler un langage simple, compris par tous et surtout réalisable. Etre socialiste, c’est aussi combattre l’injustice, quelque soit notre positionnement dans la sphère du pouvoir. Etre socialiste c’est de savoir que la relève est un moyen de ressusciter l’espoir, en s’identifiant.
Allons tous vers ce renouvellement du pacte socialiste. La gauche est par essence porteuse d’espoir, par ses idéaux d’équité et de solidarité. Soyons optimiste et ayons espoir. Tous pour une gauche crédible, unifiée, plurielle, solidaire, décomplexée.
19:20 Publié dans Politique - socialisme | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : politique, maroc, legislative, usfp, socialiste, mounir, bensalah






Commentaires
Merci cher ami.
Ca fait plaisir de voir que tout n'est pas foutu et que certains ont une vraie conception de ce que devrait être la gauche.
100% d'accord
Ecrit par : Sélim | 04.10.2007
Belle et juste analyse. Il faut l'envoyer à M. ElYazghi sur son email, s'il en a! N'ayant pas le choix, la gauche marocaine doit recentrer son esprit et mettre en avant ses priorités sociales.
A très bientôt.
Ecrit par : Naim | 04.10.2007
Merci Sélim pour le com.
Merci Naim. La lettre à Elyazghi et au BP est déjà faite.
Ecrit par : mounir | 05.10.2007
Article paru sur le journal libération du 09/10/2007.
Lien : http://www.liberation.press.ma/default.asp?id=22588
Ecrit par : mounir | 09.10.2007
Article paru également sur Allafrica.com
Lien :
http://fr.allafrica.com/stories/200710100769.html
Ecrit par : Mounir | 13.10.2007
Permettez moi de saluer votre louable initiative. J'ai trouvé votre article très constructif. Je me suis permis d'insérer votre lien sur mon blog. Vous pouvez le constater vous memes : nos actions se convergent ver le meme but , à savoir ; le sursaut de la gauche.
Néamoins, que de facettes de cette problématique restent à éclaircir.
A bientot.
Ecrit par : lakhouaja | 10.12.2008
29 Nov 2008
Que répondre à :
Que signifie être de gauche au début du 3ème millénaire?
Par delà le bref commentaire sousjacent à la question de l'interrogateur explicitant les circonstances suggérant cette quête interrogative à l'adresse des femmes et des hommes se trouvant dans le camp de la gauche en général, et loin de moi la prétention d 'intervenir en connaisseur compétent dans un tel domaine fort complexe et étendu, je pense cependant apporter ma contribution selon l'observation et le vécu personnels que teinte un scepticisme en général chez toute personne de gauche.
A la même question que j'ai reposée à un nombre restreint de femmes et d'hommes appartenant à différentes formations de la gauche socialiste au Maroc, j'ai obtenu des réponses avec des commentaires qui confirment de façon déconcertante les contours et le fond de cette même gauche qu'elles/ils jugent confuse. Tout contrariés qu'ils sont , ils constate la dispersion des énergies de la gauche et jugent que les partis se définissant comme tels ont perdu de leur audience et de leur poids depuis 1998 quand sous l'orientation de feu Hassan II on institua le consensus qui donna le fameux "Gouvernement d'Alternance ou Houkoumat Attanawub". Ils rappellent que depuis cette date, ces partis n'ont pu présenter un projet de société avec des fondements et une vision compréhensibles dans une rhétorique simplifiée et accessible à la la culture du peuple.
Il allait de même pour des réformes ne touchant presque jamais aux domaines restés incernables et quasiment incrustés dans leur conque de tabous, échappant même à la gestion des représentants du peuple. Exemple de l'Enseignement, le Culte, la Région, la laîcité qui garantit les libertés cultuelles devant consacrer le Religieux comme chose privée et sacrée, la gestion de la culture nationale, le chômage matrice non maîtrisable de l'expatriation forceé des jeunes marocains dont des milliers sont morts noyés....
A ces importants problèmes qui semblent en suspens perpétuel, s'ajoute cet engouement qu'on dirait même stupide pour la mondialisation des partis prônant pourtant leur domiciliation idéologique socialiste de gauche et connus pour avoir participé à une époque ou à une autre à la gestion pays.
Vu ces quelques griefs qui sont d'actualité puisque nourris juste durant une décennie à partir de 1998, et sans plonger plus loin dans l'histoire, il devient à présent impératif pour la gauche de réviser ses orientations, et surtout créer un espace de dialogue socialiste discursif et constructif au sein de tous les partis de gauche afin de constituer un pôle bien consolidé qui puisse avoir une audience probante et forte auprès des masses populaires. ET CELA DANS L INTERET DU PEUPLE MAROCAIN DONT LES EQUILIBRES SONT DESORMAIS MENACES PAR DES IDELOGUES QUI SONT LOIN DES VERTUS QU ENSEIGNE LA VIEILLE TERRE MAROCAINE
Ecrit par : aqorar | 10.01.2009
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