23.12.2007
Quand l’USFP fait son évaluation.
Le projet rapport de la commission d’évaluation de l’après 07 Septembre 2007 est enfin rendu public. A l’image des débats que les militants ont spontanément initié après l’annonce des résultats du dernier scrutin, le rapport retrace un ensemble de dysfonctionnements complexes liés au contexte général de la transition démocratique au Maroc, au processus de consultations, aux problèmes organisationnels du parti, à la démocratie interne, à l’enracinement avec les forces populaires, …
Diagnostic.
Notons au préalable une première au Maroc. Jamais un parti au Maroc n’a initié un débat organisé par le biais de ses instances et en impliquant tous les militants un débat aussi important sur ses résultats ni même sur son organisation. Le courage politique de la formation des Bouabid, Ben Barka, Benjelloun et autres militants est une chose naturelle eu égard aux référentiels nobles et démocratique.
Le rapport commence par une série de questionnements profonds sur la relation complexe entre le parti, les élections du 07 Septembre et le processus démocratique. Il est articulé en quatre chapitres : le contexte général et la réaction du parti avec le processus démocratique, la gestion de l’organisation partisane, les échéances de 2007 ( gestion et résultats ) et des propositions.
- Le contexte général et la réaction du parti avec le processus démocratique.
Le rapport souligne le poids et l’enracinement du parti des forces populaires dans la société et dans l’échiquier politique marocain. Il est « une partie de poids dans l’équation politique marocaine ». Le rôle pionnier de l’USFP n’est plus à démontrer depuis sa création, en passant par sa participation aux consultations de 1976, sa lutte pour les réforme salutaires, la création de la Koutla, son rayonnement national et international, et enfin sa participation au premier rang dans l’expérience de l’alternance, ouvrant ainsi la porte béante aux larges réformes grâce à l’entente historique ( entente qui remplace consensus ) entre le parti et l’institution monarchique à l’image de « l’entente lors du combat national entre la légitimité monarchique ( institution royale ) et la légitimité nationale ( mouvement national ).
La commission déplore par ailleurs l’absence de « vision stratégique » complète et clair du processus démocratique. La dualité créée par la multiplication d’instance et de fonds parallèles, l’hégémonisme des conseillers royaux, les ministères dits de souveraineté, … et l’absence d’une clarification de la relation entre l’institution monarchique et les autres institutions a enraciné l’ambiguïté dans l’action politique. Cette ambiguïté même qui a entraîné le recul dans la coutume démocratique et l’entrée en lice d’acteurs apolitiques, exempts de tout bilan devant les citoyens. Ceci explique le questionnement de la population sur le pourquoi d’une consultation populaire et l’utilité même des partis politiques.
Dans la foulée, le rapport somme le parti d’insuffisance en matière de clarification de la relation entre l’USFP et le gouvernement, chacun selon ses prérogatives, ses actions et ses sensibilités. Le parti est tombé également dans le piège de la gestion technico-administrative au détriment de la gestion politique dans l’action gouvernementale et communale. L’absence de communication et de canaux de contrôle a engendré une fosse entre les gestionnaires du parti et les gestionnaires de la chose publique. Si l’on rajoute la faiblesse de la koutla dans son action, comparée avec son action en amont de l’alternance, et la distance du parti dans la gestion publique au détriment de l’action politique, on comprend mieux la dégradation de l’image du parti aux yeux des citoyens. A noter également que les coalitions contre nature tissées par le parti ont joué en sa défaveur.
- La gestion de l’organisation partisane.
Le rapport souligne, sans langue de bois et sans merci, la métamorphose de l’organisation du parti d’un outil de militant à bifurcation dans les quartiers, les secteurs travaillistes, les organisations associatives, syndicales, … à une structure en panne travaillant « sur demande en mode saisonnier ». Il met en exergue ainsi l’absence de la dimension politique dans les organes politiques. « L’appartenance à l’USFP ne se résume pas à la détention de carte, il suppose la participation active dans les débats et la prise de positions ». L’ouverture du parti sur les forces populaires revitalisera les appareils contrairement à la lutte de position par l’encadrement des masses qui nécessite de grands efforts et le concours de tous les militants.
Le doigt a été mis également sur l’insuffisance chronique de la traduction de la démocratie interne au niveau des appareils. La Conseil National, seconde instance déterminante dans la hiérarchie de l’USFP après le congrès, est paralysé du fait que sa tenue est tributaire de sa convocation du Bureau politique qu’il est censé contrôler ! Le rapport épingle également le « délaissement » des secrétariats régionaux, des organisations sectoriels, du secteur féminin, de la jeunesse, … Sur ce sujet, le rapport souligne l’absence de la démocratie interne. Le vote secret initié par le 6ème congrès n’a pas été accompagné par les garanties nécessaires afin de réussir sa partialité et éviter l’exclusion.
Les médias du parti n’ont pas échappé à l’évaluation critique. Le rapport a regretté l’absence de distance entre la fonction du porte parole du parti dans le gouvernement et la fonction d’encadrement des masses et de leur accompagnement.
- Les échéances de 2007 ( gestion et résultats ).
Le rapport déplore la balkanisation du paysage politique marocain. Il est impensable qu’il existe 35 projets de sociétés au Maroc. Le choix du mode de scrutin et le découpage législatif a été un des facteurs qui ont confirmé la balkanisation. La loi sur les partis politiques n’a pas été utile quant à la réforme des partis. Elle a surtout ramené un moule unique où se seront mises toutes les formations.
La préparation de l’USFP au scrutin s’est trop axée sur les aspects techniques, omettant les aspects politique et populaire, ce qui n’a pas su traduire au citoyen le projet de société proposé. Le choix des candidats a suivi une procédure qui donne au bureau politique une latitude exagérée, faisant fi du rayonnement des militants et militantes, ce qui a semé le « brouillard » devant les militants et les sympathisants. La gestion de la compagne est un autre point faible signalé par le rapport. Une compagne qui a exagéré dans l’optimisme et qui a été marquée par l’insouciance de certains appareils. La compagne a été aussi affecté par les bilans de gestion communales et gouvernemental de l’USFP. Cette compagne a mis la lumière sur la relation de certains secrétariat avec leur environnement et a montré les limites du dynamisme crée en amont par le parti ( Initiative d’ouverture, festival de la rose, … ).
Le rapport souligne en outre l’utilisation massive de l’argent par les notables à la recherche d’immunité et l’utilisation de moyens logistiques de l’administration publique. Tout ceci se passe avec neutralité négative des autorités administratives et judiciaires.
- Conclusions et propositions.
Les principales conclusions et propositions sont résumées comme suit :
- Le Maroc vit, depuis l’alternance, un dynamisme constructif reconnu ici et mondialement. Les attentes de l’époque actuelle sont liées à l’édification de l’Etat démocratique fort politiquement, culturellement, et économiquement, un Maroc démocratique, moderne basé sur la citoyenneté intégrale.
- La nécessité de repenser les relations : entre l’individu et l’Etat, entre les institutions, … et le passage de la personnification à l’institutionnalisation de ces mêmes relations.
- Instituer une juste compréhension de la démocratie dans son sens universel basé sur les droits humains, les libertés, les pratiques saines, …
- La démocratie a besoin de partis forts, enracinés, pas de partis qui s’inventent ou s’imposent « d’en haut » !
- La démarche de l’USFP dans le processus d’auto-évaluation émane d’une conviction que ce processus représente un intérêt national. Le rapport note également que « l’entente » volontaire ( ou consensus ) est une obligation transitoire pour mûrir les conditions d’une pratique démocratique normale.
- Le rapport note positivement la mouvance connue par le Maroc depuis la fin des années 70 et qui représente un acquis politique important. Ce qui confirme la justesse des choix politiques du parti depuis le congrès extraordinaire.
- L’altération de la coutume démocratique depuis 2002 est contraire aux engagements pris. Il est aussi la résultante de la perte du parti de son poids populaire.
- La nécessité de clarifier la relation entre l’institution monarchique et les autres institutions, ce qui garantirait plus d’indépendance et d’autonomie nécessaires pour faire valoir ses rôles et prérogatives.
- Les alliances du parti sont à mettre dans leur contexte politique. La Koutla, et les force de gauches. L’USFP doit avoir une stratégie d’alliance qui le prémunirait d’alliances contre-nature.
- La révisions de la position du parti des lois électorales et du découpage.
- La re-fondation des appareils :
- L’identité : Revisiter ce chapitre à lumière des fondements et des changements nationaux et internationaux.
- Le projet politique : recadrer la social-démocratie comme base de notre projet de société.
- L’organisation : Pallier aux chantier de démocratie interne, la réformes des instances, la revitalisation des secrétariats régionaux et des secteurs, …
Le rapport conclue sur la nécessité de créer une réconciliation avec les militants, les sympathisants et avec toutes les forces populaires et l’incitation de toutes les forces de gauche à rejoindre un grand pole efficace et pesant. Le 8ème congrès devrait instituer cette réconciliation afin de redorer le blason du parti.
Débat des militants.
Le débat des militants depuis l’annonce des résultats des dernières législatives ( et bien avant pour certains ) ne s’est pas trop éloigné du diagnostic et des conclusions du rapport de la commission d’évaluation.
Ainsi, sur les forum Internet de l’USFP, les articles de presse, on peut lire :
- « Notre appartenance à ce parti doit essentiellement être basé sur les vraies valeurs et les principes fondamentaux de cette grande institution.
Ce grand parti qui passe en ce moment par une grande crise et qui est, sans doute, menacé par l'arrêt cardiaque et la mort subite. » Hamza DOUKKALI, membre du Bureau National de la Jeunesse Ittihadie. - « Plusieurs facteurs ont mené a cette fin que connaît ces jours ci la structure exécutive du parti, couronnée en fin de compte par le démission du 1er secrétaire et son adjoint de leurs responsabilités en tête de l'USFP comme méthode civilisée de reconnaissance de responsabilité de la mauvaise gestion d' une période assez sensible. ».Taher ABOUZAID.
- « Pour revenir à l’USFP, cette crise devrait offrir l’occasion de mener une réforme courageuse qui rééquilibre en son sein les rapports de forces. Pour un renouveau qui évite la victoire de ceux qui ne veulent pas d’un grand parti où ils deviendraient petits et qui s’acharnent à rapetisser le parti où ils sont sûrs de rester grands. » Taha BALAFREJ.
- « Ne voit on pas que les militants sont dehors et les prétendants à des postes de responsabilité pour des interets matériels mesquins dedans?
Que l'esprit militant ITTIHADI réapparaisse et se manifeste. » Ali FAKIR. - « Pour aller un peu plus loin dans cette réflexion, je pense qu’il faut prendre le temps ensemble, dans le cadre de la préparation de notre congrès, et répondre à la question suivante : Comment faire en sorte qu'une grande partie des militants de l’USFP (pas tous, cela serait sectaire) soient de nouveau considérés comme des exemples à suivre dans leur entourage proche et dans la nouvelle société marocaine ? » Omar BALAFREJ.
- « Dar Al Makhzen ou les partis politiques: il est temps que le Roi du Maroc choisisse l'un ou l'autre pour intermédiaire entre lui et le peuple marocain ». Mohamed ELKHOU.
- « Qu'en est-il aujourd’hui de la gauche ? Voilà la question qui revient aujourd’hui lorsqu’on parle de politique. En réalité la crise ne concerne pas seulement le rôle et l'importance de la gauche, qui eux, sont toujours actuels, mais plutôt à un changement du sens du mot "socialiste". » Bouchra BOULOUIZ.
23:35 Publié dans Politique - socialisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : évaluation, usfp, socialisme, gauche, commission, mounir, bensalah






Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://moidanstousmesetats.blogspirit.com/trackback/1449562
Commentaires
Merci de tes souhaits mounir et je te souhaite aussi un Joyeux Noël et de belles fêtes.
Tu es marocaine je pense.Bienvenue sur mon blog,je n'ai pas le temps de répondre aux commentires car j'ai de la visite mais je reviendrai.A+
Écrit par : nadia-vraie | 24.12.2007
Article paru en deux temps sur les colonnes du journal Libération du WE 29/30 Décembre et du Lundi 31/12/2007
Écrit par : mounir | 31.12.2007
Écrire un commentaire