09.01.2008

Êtes-vous à l’écoute ?

 

La libéralisation du paysage audiovisuel marocain a crée une métamorphose dans les esprits. Le phénomène ne laisse personne indifférent. On est loin du temps où les ondes ne programmaient que des stations à appellations multiples et discours uniques. Avions-nous le choix ? Je doute fort que oui, mais une sincère volonté politique devrait être présente.

Le Parlement marocain a adopté le 25 novembre 2004 à l’unanimité le projet de loi gouvernemental sur la libéralisation de l’audiovisuel. Ce projet dont la préparation a commencé en 1999 venait pour conclure une victoire de la raison. A l’ère des paraboles, internet, … la question qui se posait : comment faire pour réconcilier les marocains avec leurs médias audiovisuels ? Un grand changement de mentalité a été opéré. En effet, le Maroc passe d’un paysage audiovisuel entièrement contrôlé par le sécuritaire à travers la mainmise du ministère de l’intérieur sur le département de l’information à un paysage audiovisuel libre et régulé par une instance HACA.

 

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La radio, succès de la proximité.  

La prolifération de radios privés régionales est le témoin du succès de cette vision. Le marocain est enfin réconcilié avec son poste radio. Conscient de la concurrence rude dans le secteur et l’étroitesse du marché de publicité, principale source de revenue, les stations de radio ont fait de leur mieux pour gagner en audience. Pour ceci, le professionnalisme et la proximité ont été les principales pistes explorées.

 

Ainsi, l’auditorat a été multiplié ainsi que le temps d’audience. La participation massive au émissions de talk des stations radio démontrent l’engouement des marocains à s’exprimer. Ainsi, la participation de ces nouvelles recrues dans le domaine a crée une émulation dans le secteur favorable à la promotion des espaces d’expression et de la création artistique et culturelle. En effet, la proximité de ces stations sert à aviser les auditeurs des festivités régionales et des créations culturelles, au grand bonheur des marocains.

 

Et les radios, il y en a pour tous les gouts ! Économiques, généralistes, pour jeunes, musicales, … l’auditeur a désormais une large palette de choix, quantitatif et qualitatif. Selon l’AFP, 92% des urbains de plus de 15 ans écoutent la radio désormais.

  La télévision, à la traine. 

Contrairement à la radio, les investissements nécessaires pour une chaine de télévision sont extrêmement élevés. Ceci explique cela, on ne se bousculait pas pour faire des télévisions. Une seule chaine privée a vu le jour, la version télévision de Médi1, radio franco-marocaine, qui émet de Tanger depuis 1981. Par contre le pole public s’est renforcé par des chaines thématiques : TV régionale à Laayoune, culture, sport, religion, et bientôt une chaine amazigh.

La télévision n’a pas fait sa mue, à en croire plusieurs observateurs. Le pole public a presque le monopole et n’a pas grandement changé son approche vis-à-vis des téléspectateurs. Le débat politique que les marocains attendaient lors des dernières consultations n’a pas eu lieu et la grille des informations est presque obsolète. Le changement est lent, absence de concurrence ou manque de volonté ? La télévision reste tout de même un média de propagande très puissant. 

Réalisation et limites.

Si le Dahir de 2002 instituant la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) et la loi instituant la libéralisation du secteur sont vus comme une grande avancée dans la démocratisation du Maroc, le chemin à parcourir est encore long. Il est vrai que la technologie d’émission est à l’avant-garde, la pluralité est exprimée, mais le processus d’ouverture de la télévision surtout reste en deçà des attentes. Les radios privées, par contre, ont crée un vrai débat social, elles ont donné l’occasion au citoyen de se retrouver dans l’audiovisuel, mais le discours archaïque et dépassé véhiculé par nos chaines de télévision et radio publiques plombe la qualité des prestations de l’audiovisuel marocain et encourage les citoyens à se tourner vers les autres chaines arabes et internationales.

Les ressources humaines représentent également un grand handicap au développement du secteur. Outre la rareté des compétences et leur migration vers d’autres cieux, l’étroitesse du corps de journalistes et techniciens du domaines fait que la demande  est bien supérieure à l’offre. Autre handicap, la mesure d’audience. «Nous avons de plus en plus besoin de connaître notre audience, ce n’est qu’en ayant des chiffres précis et fiables que nous pouvons démarcher des annonceurs», déclare Younès Boumehdi, directeur de Hitradi. Si La HACA a peiné pour installer Marocmétrie, société à laquelle on a confié la mesure d’audience pour la télévision, aucune stratégie n’a été initiée dans le domaine de la radio à l’image de l’OJD pour la presse écrite.

 

La conquête des espaces de libertés, la confiance des auditeurs et spectateurs, le traitement professionnel des débats de société par le biais d’émissions de talk, … sont autant de facteurs qui traduisent la réussite du choix de la libéralisation.

A l’heure des podcasts et autres émissions sur le réseau internet, la régulation est un leurre.

« Et nous sommes arrivés à la même conclusion : la bataille de la régulation sur Internet est perdue d'avance » dixit Ahmed Ghazali. Le choix de plus en plus multiples d’émissions et de chaînes impose aux opérateurs marocains plus d’audace dans la concrétisation de ce projet. La nouvelle vague de licence est à l’étude, mais le bilan de l’étape s’impose. Qu’en pensez-vous ?

 

Mounir BENSALAH

Trackbacks

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Prandin.

Prandin.

Trackback par : Prandin. | 04.06.2008

Commentaires

J’ai faillit passer à côté de cette révolution des radio libres. Je ne remercierais jamais assez les chauffeurs des petits taxis, à chaque fois que je suis au Maroc, un chauffeur me fait découvrir une nouvelle radio. J’étais surtout impressionné par la liberté de ton et l’approche différente d’une station à une autre. L’offre est global et complète chaque auditeur pourra trouver son compte dans sa station préférée.

Ecrit par : Larbi | 10.01.2008

Comme mon travail nécessite plusieurs déplacements, j'ai eu le plaisir de découvrir plusieurs chaines régionales dont les thématique sont assez variées. La liberté du ton m'a beaucoup marqué. Samedi dernier, dans une émission sur Casa FM, Azeddine Akesbi a révélé : "le Roi est le premier responsable de la situation du développement humain". On aurait pas imaginé ça il y a 10 ans.
Reste que ma radio favorite est Aswet avec une émission wled lbled de Sanaa Zaim, une journaliste très talentueuse.

Ecrit par : mounir | 10.01.2008

Salut

Il y a certes un dynamisme radiophonique au Maroc mais pas partout. Il y a des grandes villes comme Safi ou Essaouira... qui ne captent pas ces radios ou alors juste quelques unes. Ce qui me dérange encore plus c'est cette tendance pathétique à certains animateurs à imiter leurs homologues français en prenant un faux accent parisien et en faisant des jeux de mots tellement lourds que ça donne chez l'auditeur une ambiance de familiarité artificielle. Dommage ! Je ne connais pas l'émission de Sanaa mais je suis sûr que son joli sourire est un atout dans son programme (le sourire "s'entend" à la radio).

Meilleurs voeux...

Ecrit par : Naim | 10.01.2008

@Naim,
Le but de cet article est justement de pousser à ce qu'on réfléchisse sur cette expérience pour pouvoir aller de l'avant. La HACA devrait prendre en compte la question de la couverture ( j'ai lu un article sur le non respect des cahiers des charges par les radios en matière de couverture, désolé je ne saurais te donner le lien, je me souviens plus ).
Par contre, la télévision est un vrai raté, le vieux Mustapha Alaoui et son discours ( par l'homme, mais sa symbolique ) sont toujours de poids. Faute de moyens ou de volonté?
Merci pour ta visite et bonne année, meilleurs voeux.

PS : L'émission de sanaa ( wled lbled ) est diffusée sur aswat quotidiennement de 17h30 à 19h et rediffusée le lendemain de 09h30 à 11h sauf W.E. ( aller je leur fait de la pub, mais l'émission le mérite ). Tu pourra la suivre sur www.aswat.ma

Ecrit par : mounir | 11.01.2008

les chaines libres, qu'elles soient télévisuelles ou radiophonique est, en elles mms, une initiative à applaudire!
reste justment et com l'a si bien dis Naim la niveau des animateurs et "l'accent" un peu trop artificiel à mon gout aussi! on connait ce phénomème en tunisie aussi : une innovation ds les docs, les débats et autres émissions de tt ordre qui soit, gaché par cette propension à adopter un accent, parfois, agaçant...
n'empêche l'expérience est à ses premiers pas... on acquiert plus d'expérience avec le tps ;)

Ecrit par : Phèdre | 11.01.2008

Exact le Phèdre, je retiens "l'expérience est à ses premiers pas"

Ecrit par : mounir | 12.01.2008

Texteparu aujourd'hui 15/01/2007 sur les colonnes du journal liberation.

Ecrit par : Mounir | 15.01.2008

Obama and Medvedev. Video and foto

Ecrit par : ipich | 13.11.2008

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