06.02.2008
Le paradoxe Maroc et le besoin de clarté !
A vrai dire, une grande tornade ( pas un simple brain storming ) m'a pris la tête. Une multitude de rapports successifs, qui se ressebmlent et qui viennent confirmer notre désarroi, nous simples citoyens, concernant la question sociale. Un article très intéréssant paru sur alahdath almaghribya aujourd'hui se demande pertinamment : Est un retour de "la crise cardiaque" évoquée par Feu Hassan II au début des 90s ?
Encore, un pertinent article d'Ibn Kafka au sujet des droits de l'homme au Maroc , ... et un autre article très constructif : Education: le Royaume du Maroc dernier de la classe ! de Naim, m'ont poussé également à parler de ce paradoxe qu'est le Maroc. Sans rentrer trop dans les introductions, je vous livre ma vision des choses :
Le Maroc est entré depuis l’expérience de l’alternance de 1998, dont le point de départ était l’accord sur la constitution de 1996, dans une phase transitoire communément appelé « transition démocratique ». L’essence même de ce consensus historique a été de créer un climat de confiance entre toutes les forces du pays sur un contrat – pacte conventionnel non institutionnalisé par ailleurs – ayant pour but de réaliser un socle de réformes et de bases pour justement instituer la Démocratie, le progrès économique, culturel et social.
C’est dans cette perspective que nous, socialistes de l’USFP, avons conçus l’étape de l’alternance. Nous voulions, en compagnie des autres forces politiques du pays, instaurer le Maroc pour lequel nous militions, un Maroc prospère, solidaire, démocratique, moderne et égalitaire. A cet égard, l’expérience des 10 dernières années est riche dans la mesure où l’exercice, ou tout au moins la participation à l’exercice, de la gouvernance nous a enseigné beaucoup de bonnes choses : la complexité du contexte marocain, l’énorme force de la résistance aux changement, la difficulté de mettre la théorie en pratique, …
Aujourd’hui, nous assumons pleinement notre engagement dans les divers chantiers ouverts au Maroc depuis 1998 et qui ont particulièrement métamorphosé notre pays et aidé à l’amélioration de la perception du Maroc par ses citoyens et par les observateurs étrangers, et nous sommes à cet égard fier et à la fois modeste envers cette société de laquelle notre mouvement est né. Nous avouons aussi avec grand courage que nous avons commis des erreurs. Des erreurs de communication, de tactique, de stratégie, … Nous nous sommes éloignés, par bonne intention, de la société, de ses soucis quotidiens, nous étions emportés par l’euphorie de certaines avancées, nous avons été trompés sur la réelle volonté de certains de s’inscrire dans cette marche du changement, …
Bref, mon propos aujourd’hui, n’est pas un diagnostic d’une étape, largement commenté par nos militants, nos sympathisants et nos adversaires. Ce qui motive mon écrit aujourd’hui, c’est cette incapacité à comprendre le Maroc d’aujourd’hui. L’hésitation, avançons un pas et reculons un pas, le manque de clarté, le manque d’audace, … c’est le phénomène qui m’interpelle.
La banque mondiale, dans un récent rapport, a avoué son incapacité à expliquer le phénomène de croissance économique au Maroc. Dans ce rapport, la BM argumente par l’exemple de pays ( Tunisie, Afrique subsaharienne, Indonésie, … ) ayant réalisé presque moins que la moitié des réformes engagées au Maroc et réalisant plus que le double de sa croissance !
Dans la même logique des choses, un récent rapport de l’ONG des droits de l’homme Human Rights Watch exhibe un autre paradoxe : « Le Maroc continue de présenter un bilan mitigé en matière de droits humains. Il a opéré de grands progrès dans le traitement des exactions commises par le passé, a accordé un espace considérable à la dissidence et à la contestation publiques et a réduit les inégalités entre hommes et femmes dans le code de la famille. Mais les autorités, aidées par des tribunaux complaisants, continuent de faire usage d’une législation répressive pour punir les opposants pacifiques, en particulier ceux qui violent les tabous ».
Cette posture marocaine est palpable aussi sur plusieurs niveaux :
- Politique : un gouvernement politique sous YOUSSOUFI, un gouvernement de dossiers sous JETTOU et un gouvernement inclassable sous ELFASSI ( classification M. CHAWKI sur Alittihad alichtiraki ).
- Economique : Libéralisation des prix contre compensation généralisée de certains produits de base.
- Socioculturel : Modernisme avéré ( Moudawana, IER, … ) contre immobilisme, conservatisme et recul même ( poursuite de journalistes, tergiversations dans la définitions et l’adoption des valeurs universelles, … ).
Notons essentiellement que ce paradoxe et cette hésitation n’ont pas été caractéristique d’un seul acteur ( Makhzen, conservateurs, … ), il a aussi touché la gauche. Hassan TARIQ a bien résumé ce constat dans un article fort intéressant ( Alittihad Alichtiraki du 31/01/2008 ) : « …la gauche marocaine … n’a pas produit des alternatives de programmes et politiques ayant une base théorique et idéologique différentes et convenables à l’époque, ce qu’il l’a acculé à intercepter le signal de la transition démocratique, sans clarification de son contenu et de ses outils, et ceci a semé le brouillard et a biaisé les orientations politiques et idéologiques de la gauche » ( traduction de l’auteur de cet article ). J’avais également souligné une idée semblable dans mon article « Epoque politique pleinement consommée » ( Alittihad Alichtiraki du 05/10/2007 et Libération du 10/10/2007 ) : «…Pour la gauche, dont la mission principale est d’être le principal précurseur d’idées et de débat, est aujourd’hui devant un grand carrefour de choix politiques. … Il faut marquer l’instant, faire une réelle évaluation de cette époque consommée et consumée. Une évaluation libre, intellectuelle, fédératrice et positive afin d’instituer à une nouvelle ère. Le temps du consensus est révolu, il est temps de prendre son courage par la main et d’aller de l’avant ».
Alors que nous, socialistes de l’USFP, préparons notre 8ème congrès, nous avons une énorme responsabilité : Evaluer et évoluer dans la clarté ! Pour les jeunes, espoir du Maroc, mais aussi aux moins jeunes, nous devons proposer un projet de société clair, sans ambiguïtés, partant de nos valeurs de gauche socialistes et plus généralement des grandes valeurs d’humanisme et de démocratie et faisant apparaître des choix intelligibles.
Et ceci va avec cela, nous devons exiger de tous une clarté sans tergiversation sur les grands choix du Maroc. Il n’est plus toléré d’hésiter. Le consensus fait partie désormais du passé !
14:35 Publié dans Politique - socialisme | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, gauche, socialisme, casablanca, maroc, usfp, clarté






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Commentaires
chapeau ms
Ecrit par : tazart | 06.02.2008
Interessant.
Ceci dit permet moi d'émettre mes suppositions sur le dit paradoxe. Une explication est que le Maroc est fort dans les institutions (voir ton billet précédent et mes commentaires) et dans la légifération mais malheureursement sur le terrain la réalité est toute différente.
Il ne suffit pas d'implanter la carcasse des réformes mais le fond aussi. Mandjra disait qu'il fallait arrêter de penser en terme d'institutions et passer à l'action et c'est ce qui nous manque.
On croit qu'on sortant des textes de lois et avec des organization et des conseils on a fait le boulot mais le job ne fait que commencer. Il est temps de sortir de sa cachette (derrière la forme des réformes) et passer
son implementation sur le terrain. Ce n'est pas facile oui mais qui a dit que le progrès d'une société est facile ?
Tous ce que je vous souhaite pour votre 8eme congrés est de revenir à vos valeurs d'antan..à des hommes et femmes forts de personnalités et innovants d'idées et qui ne retournent pas leur veste...même pas pour leur pesant en or.
Ecrit par : slix | 06.02.2008
Comme le dit slix, l'important n'st pas de sortir des textes mais de veiller à leru application.
Exemple simple : notre justice!
Textes sur les tribunaux administatifs, sur les tribunaux de commerce, sur la moudawana : qu'en est-il de leur application?
Textes sur les cours de comptes régionales : qu'en est-il de leur efficacité?
Texte sur les partis politiques : qui l'appique?
Ecrit par : hmida | 06.02.2008
@ Slix,
Merci pour ton souhait, et ton jugement des personnes et des "revers de vestes" sont respectables...
Sauf que le rapport avec le billet précédent, je ne le trouve pas, veux tu être explicite?
"Ce n'est pas facile oui mais qui a dit que le progrès d'une société est facile ?" : Voilà pour l'essentiel l'essence de la modestie qu'il faut avoir dans ce genre de situation : oeuvrer, marquer un temps de réflexion, rectifier et ... rebelotte.
@ Hmida,
La remarque de Slix est pertinente. Ton exemple sur la justice, et les instances reltives est fort frappant!
Je peux vous citer tant d'autres exemples : lois sur les déclaration du patrimoine, lois sur le tabagisme ( dans son temps, elle a été une grande victoire dans notre camps alors que nous étions de farouches opposants ), ...
Avouons une chose : avant l'expérience de 98, il n'y avait rien, maintenant on a des réformes, courageuses pour certaines, et un application mitigée que le citoyen lambda ne sent pas! Alors que c'est là le coeur de mon billet, si les choses ne s'appliquent pas, les raisons sont expliquées ci-haut : résistance aux changements, lobbies, manque de volonté chez les autres partenaires, ...
Ceci étant, nous, à l'USFP, nous avons fait un premier bilan ( voir mes articles sur le sujet de l'évaluation ) et nous préparons le grand bilan dans le congrès, qu nous souhaitons être celui de la clarté.
Dans le même sens d'idées, et là je développe mieux mon billet : nous demandons à tous de la clarté, de la gauche dite "non gouvernementale" qui croit détenir la vérité absolue, qui a oublié son combat de gauche pour combattre l'ennemi "l'USFP", du makhzen sur la sincérité de sa volonté de changement, de nos partenaires dans l'expérience de "la transition démocratique" sur l'orientation politico-sociale de leur action, ... et enfin du peuple. Ce dernier, nous juge sur un état des choses alors qu'au meilleur cas, il nous donne 52 sièges et nous demande de changer le Maroc!
Ecrit par : Mounir | 06.02.2008
Mounir,
Je suis desolé si tu as mal pris ma remarques sur les "revers de vestes" mais on va pas se mentir la réalité est claire comme lune. Des usfpeistes l'avouent par eux même et c'est ce que j'appelle du courage (tu me diras c'est un linge à laver en famille...d'accord mais les invités ont déjà tout vu).
Bref, dans le précessus de modestie que tu décris il manques 3 points (c'est un avis personnel): Réflechir (avant d'oeuvrer), se donner les moyens (important...le débat sur constitution ou est tu ?), oeuvrer, marquer un temps de refléxion, Avouer ses erreurs (il n'y a pas de mal à ca su tout..c'est l'essenc de la transparence), rectifier...re rebolotte.
Ecrit par : slix | 07.02.2008
Juste pour rajouter...par rapport à "Ce dernier, nous juge sur un état des choses alors qu'au meilleur cas, il nous donne 52 sièges et nous demande de changer le Maroc!
"
Meme s'il vous donne 400 sièges vous aurez toujours les mains liés...par essence elle sont liés. D'ailleurs le découpage même interdit une majorité forte ! bref. c'est pour cela il faut avoir dans le processus (voir com précedent ) l'étape de " se donner les moyens ".
Ecrit par : slix | 07.02.2008
Quels que soient les intentions de l'USFP (ainsi que les autres parties) il ne peut y avoir de changements sans contrôle de plus de siège. C'est une honte- je soutien les mouvements de gauche.
Ecrit par : Reb | 07.02.2008
@ Slix,
Tu es libre de dire ce que tu veux, et ne t'en excuses pas car ce n'est pas une attaque personnelle. Concernant le "revers de veste", et pour être terre à terre, tu parles par exemlpe de Oualaalou, n'est ce pas? Je ne vais pas défendre ce qu'il a fait, mais est ce qu'on a jamais pensé à ce qu'il aurait pu faire à part vendre IAM? et si IAM restait encore dans le giron de l'Etat, aurait-on le privilège de démocratiser les telecoms, les blogs, le net, le GSM, ...?
En effet, c'est structurelle le problème de manque de moyens, et même avec 300 sièges, il y aurait tant à faire, mais commençons par le commencement.
En définitive, l'USFP est un parti où le "linge" est exposé au peuple, pour la simple raison que nous sommes LE PARTI du peuple, quoiqu'il nous chatie, punie, ... nous sommes issus d'Achaab ( peuple ).
@Reb,
Tu as raison quelque part, et voir mon com précédent.
Merci pour ta sympathie.
Ecrit par : Mounir | 07.02.2008
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